The Witcher – La Geste de Dame Miriane de Lyrie ou le Crépuscule de l’Empereur

Oct 11, 2026 | Rapports de campagne | 0 comments

Prologue : Les Cendres de Cintra

La boue du Nord avait le goût du fer et de la défaite.
Pour Dame Miriane, héritière en exil du trône de Lyrie, le titre de noblesse ne pesait plus grand-chose face au froid mordant qui traversait son haubert de maille. Dissimulée sous l'acier anonyme d'un simple chevalier itinérant, elle chevauchait à côté de deux compagnons que le sort lui avait assignés dans la panique du massacre de Cintra : Korvar, un assassin au regard affûté comme un surin, et Xid, un alchimiste taciturne dont les besaces tintent de fioles mortelles. Leur objectif immédiat était la cité de Carréas, où devait se tenir un conseil de guerre secret. Mais la guerre a cette façon bien à elle de vous rattraper par le col.
Lorsqu'ils poussèrent les portes d'un village misérable perdu au carrefour des routes militaires, l'air puait le sapin brûlé et le sang rance. L'homme qui se présentait comme le chef du village vint à leur rencontre. Avec un empressement suspect, il leur confia la mission de récupérer les enfants du hameau, prétendument enlevés par un monstre tapi dans les profondeurs de la forêt.
Il ne fallut que quelques instants à Miriane et Korvar pour percer à jour son déguisement : l'attitude, le port d'armes et certains tics trahissaient sans équivoque un officier du Nilfgaard en couverture. Pourtant, plutôt que de l'affronter immédiatement, les héros décidèrent de « jouer le jeu » pour voir où cette mascarade les mènerait.
Korvar fureta rapidement dans la grange du village, dont les portes avaient été complètement éventrées. C'est là que les enfants avaient été retenus captifs avant leur enlèvement : Korvar y découvrit des pentacles tracés à la craie et au sang de poulet. Plus loin, au creux du bois, la cabane de la vieille guérisseuse locale était miraculeusement intacte. La femme avait été tuée peu de temps après que les Nilfgaardiens investissent le village, puis enterrée à la hâte.
En inspectant la cabane, les héros découvrirent du matériel de sorcier, des parchemins et des composants qui correspondaient parfaitement aux pentacles trouvés par Korvar dans la grange. Intrigué, Xid fit déterrer le corps de la guérisseuse. Après une rapide autopsie, l'alchimiste fut formel : c'est une flèche empoisonnée qui l'avait abattue.
« Ce n'est pas un simple enlèvement par une bête », murmura Xid, en comparant les poudres de la cabane aux traces de la grange. « Un des enfants emmenés est un mage sauvage. La vieille l'entraînait. »
L'enfant, apeuré par les soldats du Soleil Noir, avait invoqué dans une crise de terreur l'esprit gardien de la forêt. Le monstre s'était éveillé, massacrant les patrouilles nilfgaardiennes poussées sous la canopée et arrachant les gaminots aux griffes des esclavagistes pour les réfugier au cœur du bois. Ne restaient au village que trois officiers impériaux masqués, attendant désespérément des renforts.
Miriane et ses compagnons s'enfoncèrent sous les frondaisons. Face à la créature sylvestre, gigantesque masse de racines et de cors de cerf, la diplomatie prévalut. Le monstre accepta de rendre les enfants du village, à l'exception de l'enfant-mage. Celui-ci, conscient de sa nature et du danger qu'il représentait, fit le choix de rester pour devenir le nouveau gardien des lieux.
De retour au village, les trois officiers nilfgaardiens, voyant la supercherie éventée, tentèrent d'acheter le silence du trio avec une bourse de florins lourds.
Miriane cracha à leurs pieds.
« Gardez votre or pour le passeur du Styx », lâcha Korvar.
En trois secondes, l'acier parla. Miriane embrocha le premier, Korvar découpa la gorge du second par derrière, et Xid aveugla le dernier avec une fiole d'acide avant que Miriane ne lui achève le cœur. Les corps furent enterrés sous le purin de la grange, et les trois voyageurs reprirent la route de Carréas, les mains sales mais la conscience intacte.

Acte I : Le Venin de Carréas

Aux abords des marécages de Carréas, le groupe fit la jonction avec Gilliard, un jeune mage fraîchement moulu d'Aretuza, dépêché par le roi Badric pour servir de guide. Gilliard avait l'arrogance propre aux initiés de l'île de Thanedd, mais sa maîtrise des éléments allait vite être mise à rude épreuve.
En traversant les passes rocheuses flanquant Rivia, les rochers s'animèrent. Des créatures des ténèbres tissèrent des illusions visqueuses pour piéger la troupe. Pris au piège par ces artifices, Miriane et ses compagnons se retrouvèrent attirés au fond d'une vaste caverne obscure. Là, l'illusion se dissipa pour céder la place à un cauchemar : des dizaines de petits lutins monstrueux jaillirent des anfractuosités pour les attaquer en masse.
« Arrière ! » hurla Gilliard, le visage blême mais les mains tendues.
Deux boules de feu jaillirent de ses paumes dans un rugissement assourdissant, réduisant la horde de vermines en cendres fumantes et dissipant les illusions environnantes. Échevelés mais vivants, ils s'extirpèrent de la grotte et atteignirent enfin le château de Carréas.
Là, dans une salle voûtée imprégnée de l'odeur de cire froide et de vin chaud, se tenait le conseil secret. Korvar, officiellement nommé « Corbeau » — chef des renseignements et bras armé clandestin de Miriane —, se tint en retrait, adossé à une tapisserie. Autour de la table : le roi Badric, le général Valer, le puissant marchand Karag, et Aeric, le roi souverain de Filander.
Le tableau était sombre. Le roi de Lyrie avait trahi, prêtant allégeance à Nilfgaard et offrant à l'Empereur une tête de pont fatale menant jusqu'aux frontières de Vengerberg. La Témérie était prise en étau. Le plan établi par le conseil était téméraire : renverser le traître sur le trône de Lyrie par une attaque éclair et y placer Miriane.
Soudain, au milieu des débats, un serviteur versant le vin sortit une lame empoisonnée et se jeta sur Miriane et le général Valer. Korvar d'un coup de pied fit dévier le coup, mais dans le chaos, le serviteur bondit vers la fenêtre haut perchée et se jeta dans le vide.
« Pas de cadavre en bas ! » cria un garde à la fenêtre.
Dame Isolde, l'assassin royal de Badric, s'élança à sa suite comme une ombre. Une heure plus tard, elle revenait, traînant le serviteur roué de coups. Sous la torture, l'homme cracha un nom avant de mourir : le roi Aeric de Filander, qui venait tout juste de quitter le château en catimini sous prétexte d'une urgence dans ses terres.

Acte II : La Traque et la Griffe

Pas le temps de réunir une armée ni de soulever de crise diplomatique officielle. Miriane, Korvar, Xid et Gilliard fondirent sur les traces d'Aeric dans une opération commando d'une précision chirurgicale.
Ils rattrapèrent la colonne de Filander à la tombée de la nuit. Alors que les gardes dressaient le bivouac, Korvar s'infiltra comme une couleuvre jusqu'aux chaudrons de campement. Une pincée de poudre de somnifère plus tard, la moitié de la garde dormait du sommeil des justes. Le signal fut donné : Miriane et Xid chargèrent. La garde restante fut exécutée sans sommation.
Aeric fut extirpé de sa tente, hurlant à l'outrage.
« Je suis innocent ! C'est une machination ! » réitérait le roi capturé.
Korvar, peu impressionné par les couronnes, attrapa le valet personnel d'Aeric par les testicules et serra jusqu'à ce que le serviteur révèle une double fondation dans la malle royale. Là s'y trouvaient des lettres d'intelligence avec le Nilfgaard, scellées d'un code complexe. Aeric fut ficelé sur un cheval de bât et ramené à Carréas pour y être jugé.
Mais la nuit de leur retour, le destin versa à nouveau dans le sang.
Korvar, dormant d'un œil dans ses quartiers, entendit le parquet craquer. Il se jeta de côté au moment exact où une épée lourde fendait son paillasson. Éclairé par la lune, son agresseur n'était autre que le général Valer !
« Traître ! » cracha Korvar, parant un coup de taille effroyable qui lui engourdit le bras.
Pendant de longues secondes, l'assassin joua sa vie à quelques millimètres près, esquivant les bottes en poussant des meubles. Ses cris d'alerte firent tomber la porte. Gilliard déboula, canalisa son mana et projeta un sort de télékinésie fulgurant, arrachant les lanières de drap et de tapisseries pour envelopper le général dans un cocon étouffant.
Alors, l'impensable se produisit.
De longs ongles violacés et effilés déchirèrent le tissu. La chair de Valer se mit à fondre et à se reformer dans un bruit de cartilage broyé. Un Doppelganger. La créature informe se jeta vers la croisée pour s'enfuir.
Mais Miriane était sur la trajectoire. D'un mouvement fluide et mortel, elle piqua sa lance de guerre en pleine tête du Doppelganger. La pointe d'acier transperça le crâne de part en part ; le monstre s'effondra, reprenant sa forme grisâtre et gélatineuse.
L'enquête menée par Korvar fut rapide et amère : le serviteur du campement d'Aeric qui avait « révélé » les preuves était le doppelganger. Le vrai général Valer était mort depuis des jours. Toute l'affaire Aeric n'était qu'une machination pour déchirer le conseil de guerre de l'intérieur.

Acte III : La Marche sur la Lyrie

La véritable guerre pouvait commencer. Les armées de Téméria franchirent les passe-montagnes par petits groupes discrets pour se rassembler près des marécages. Mais leurs éclaireurs rapportèrent une anomalie : un détachement d'élite du Nilfgaard ajustait constamment ses positions pour leur couper la route, se déplaçant comme s'il lisait dans leurs pensées, à proximité de la Forêt Maudite — un lieu sinistre peuplé d'elfes renégats rejetés par leur propre espèce.
« Il y a une fuite », gronda Miriane.
Une fouille méticuleuse de leur propre campement permit de débusquer un mage d'infiltration du Nilfgaard, dissimulé sous les traits d'un palefrenier, qui transmettait leurs moindres faits et gestes via un miroir enchanté. Au lieu de le tuer, Gilliard et Xid l'interrogeèrent et le forcèrent sous la menace à envoyer de fausses coordonnées.
Pendant que le détachement nilfgaardien s'enfonçait dans un piège logique, le gros des troupes témériennes contourna la position et fondit sur la cité de Lyrie.
Au matin de l'assaut, les murailles de Lyrie étaient tenues par des défenseurs loyaux au roi traître et par des garnisons impériales. C'est alors que Miriane fit avancer son destrier tout devant la ligne de bataille. Décoiffant son heaume, sa voix résonna au-dessus des clairons. Elle harangua ses sujets, rappelant l'honneur de la maison royale et la honte du joug de l'Empereur.
La magie de ses mots opéra : sur les remparts, des séditions éclatèrent. Des soldats lyriens se retournèrent contre les garnisons du Nilfgaard. Malgré l'intervention désespérée de sorciers elfes de la Forêt Maudite invocateurs de molosses d'ombre effrayants, la porte de la ville fut défoncée. Le roi traître fut destitué, et Miriane reprit sa couronne.
Nilfgaard tenta de négocier une trêve de deux ans. En conseil, Miriane, les yeux brillants d'une colère froide, refusa net et fit exécuter les émissaires.
« L'Empereur reviendra au printemps pour balayer ce qu'il reste de nous », prévint Korvar. « Nous sommes à peine trois cents hommes capables de porter une lame. »
Mais le danger immédiat était sous leurs pieds. Les elfes du chaos, repliés sous terre, avaient creusé un tunnel jusqu'à une caverne sous le temple de la ville. Là gisait un monolithe d'obsidienne — un portail vers le royaume de leur dieu des ombres.
Des villageois commençaient à disparaître. Miriane mena sa garde personnelle dans les entrailles de la terre. Le combat dans la pénombre fut un cauchemar de sang et de magie noire. Miriane manqua de se faire égorger sur l'autel du monolithe par une sorcière elfe qui voulait utiliser son sang royal pour sceller l'activation de la porte. Xid lui sauva la vie en projetant une bombe de phosphore au visage de la prêtresse, tandis que Korvar lui tranchait les jarrets.
Des maçons et des ingénieurs furent immédiatement mandatés : des travaux de sape d'envergure firent s'écrouler la caverne et le temple au-dessus, enterrant le monolithe sous des centaines de tonnes de gravois. Mais une ombre s'était déjà échappée vers le Nord...

Acte IV : Diplomatie et Sang Noir

Miriane entreprit un voyage vers le Sud, à Rivia, pour sceller une alliance avec sa cousine, la duchesse Maeve. Maeve, femme de fer détestant Nilfgaard, offrit son soutien inconditionnel et commença à lever des régiments d'archers. Gilliard, flairant le vent du pouvoir, décida de rester au service de Miriane.
Pendant ce temps, Korvar fit une découverte troublante dans les collines à l'Ouest de Rivia : mille soldats déserteurs de l'armée impériale s'y étaient retranchés. Ils offraient leurs services comme mercenaires contre de l'or et la garantie de garder leurs terres.
Le conseil de guerre de Miriane refusa l'offre : trop cher, et trop dangereux d'avoir plus de mercenaires que de troupes régulières. Korvar hocha la tête et entreprit une opération clandestine, payant la Guilde des Assassins pour simuler une frappe punitive du Nilfgaard sur l'un de leurs campements.
Pendant ce temps, au Nord, l'enfant-mage devenu esprit de la forêt avait étendu son domaine, rendant les bois mortels pour quiconque n'avait pas la bénédiction du groupe. Miriane passa un accord avec lui : la forêt deviendrait une frontière vivante impénétrable contre les poussées du Nilfgaard.
Mais un coursier arrives, écumant de salive. L'ombre échappée du monolithe avait trouvé refuge dans le Nord, encadrant une insurrection paysanne majeure près de Vengerberg. Ce n'était pas une simple révolte : le mage de guerre du Nilfgaard et les elfes du chaos dirigeaient les opérations.
Pour obtenir 2 000 hommes du Vengerberg via un traité d'alliance, Miriane devait montrer sa force. Le groupe s'infiltra au cœur du camp rebelle. Identifiant le possédé qui servait de chef, Miriane déclencha une charge brutale. Dans le chaos, Korvar et Xid éliminèrent les capitaines, tandis que Miriane, montant un destrier de guerre, figea les mutins d'un seul ordre hurlé avec une autorité terrifiante. Les paysans déposèrent les armes.
Restait le problème des elfes du chaos dans leur forêt maudite.
« Plus de demi-mesures », déclara Miriane.
Elle exigea du traité de Vengerberg deux cents chevaux et des tonnes d'huile de schiste. Les chevaux furent relâchés dans la forêt, traînant des cuves percées s'enflammant au passage de torches lancées par Gilliard. La Forêt Maudite brûla pendant trois jours, transformant le repaire des hérétiques en un brasier infernal.
Au cœur des cendres, ils découvrirent une structure extraterrestre : un cylindre d'acier noir enfoncé dans la roche comme une griffe gigantesque. La Griffe du Dieu des Ombres.
S'engouffrant dans la tour, ils trouvèrent le Grand-prêtre elfe et ses disciples massacrés par le mage de guerre du Nilfgaard. Ce dernier avait trahi ses alliés pour s'emparer de la tour pour le compte de l'Empereur. Mais l'énergie noire l'avait corrompu : lui et ses soldats étaient possédés, complétant un rituel d'anéantissement.
Le combat au fond de la tour tourna à la boucherie furieuse. Pendant que Gilliard pilonnait sans relâche les soldats possédés, tirant boule de feu sur boule de feu pour contenir leur avancée dans un déluge de flammes et de chair calcinée, Xid et Korvar fondirent sur la structure rituelle, criblant le Mage possédé d'une pluie de carreaux d'arbalète bien ajustés. Submergé par les impacts et incapable de finaliser son incantation, le Mage fut cueilli par Miriane : dans une fente de son armure d'ébène, elle lui enfonça sa lance de guerre de plein fouet, broyant son cœur un tour à peine avant la libération des spores de l'anéantissement.
Les quinze seuls elfes survivants de la tribu, terrifiés, prêtèrent allégeance à Miriane. Leur sorcier mineur commença même à enseigner à Gilliard la manipulation de la magie d'ombre — un savoir puissant, mais profondément corrupteur.

Acte V : La Bataille du Pont

L'Empereur, furieux, envoya une armée d'invalidation : 10 000 hommes appuyés par une cabale de mages de bataille.
La traversée de la forêt féerique de l'enfant-mage coûta cher aux Nilfgaardiens en mages, mais ils finirent par employer le feu pour se frayer un chemin. La duchesse Maeve fit alors inonder toutes les plaines entourant Rivia, forçant l'armée impériale à emprunter un unique passage : un grand pont de pierre ancestral.
De l'autre côté du fleuve, les 3 000 hommes de Miriane les attendaient.
Lorsque la moitié de l'armée nilfgaardienne eut engagé le pont, Xid pressa le déclencheur. Des mois de travail alchimique explosèrent : les charges placées sous les piliers effondrèrent le pont dans un fracas de fin du monde, précipitant des milliers d'hommes armés dans les rapides mortels.
« Chargez ! » hurla Miriane.
L'armée de Lyrie fondit sur la moitié d'armée coupée de ses arrière-gardes. Le commandant impérial ne put rallier ses troupes. Miriane combattit en première ligne, tuant sans compter. La moitié des troupes ennemies fut exterminée ou noyée.
Mais de l'autre côté de la rive, les mages de bataille nilfgaardiens installaient des balistes et pilonnaient les rangs de Miriane.
Gilliard, les yeux injectés de sang noir sous l'effet de son nouvel enseignement, s'avança avec le sorcier elfe. Ensemble, invoquant la magie de l'ombre jusqu'à l'épuisement cérébral, ils matérialisèrent dix-neuf molosses des ténèbres. Les bêtes d'ébène traversèrent le fleuve en bondissant sur les rochers et fondirent sur les rangs de mages nilfgaardiens. Ce fut un massacre. Pris de panique, les officiers impériaux ordonnèrent la retraite générale.

Acte VI : Consolidation et Mercenaires

S'assurant le soutien des nains en leur restituant leurs terres ancestrales en échange de l'exploitation des mines de fer, Miriane consolida ses positions. C'est à ce moment que le coup de filet orchestré plus tôt par Korvar porta enfin ses fruits : traumatisés par le prétendu massacre punitif de leurs camarades par le Nilfgaard, les déserteurs mercenaires cherchèrent protection.
Toutefois, ils refusèrent d'abord de s'infiltrer sans condition et cherchèrent à négocier une relative autonomie territoriale. Miriane refusa catégoriquement. Ne voulant pas d'une armée privée incontrôlable dans ses terres, elle se rendit en personne jusqu'à leur conseil d'état-major. Par sa seule présence et une fermeté royale sans concession, elle prit le commandement direct du contingent, ordonnant la dispersion immédiate de leurs unités au sein des régiments réguliers lyriens afin de garantir leur assimilation complète.
Pour sécuriser définitivement la Témérie, le plan de Korvar franchit une étape supplémentaire : il recruta un Doppelganger pour assassiner le roi Badric de Carréas et prendre sa place, devenant une marionnette obéissante.
Mais la magie noire paie toujours son tribut.
Des créatures d'ombre commencèrent à jaillir du sol de Lyrie. En creusant sous la ville, les ingénieurs découvrirent que le monolithe enterré avait généré un véritable château des ténèbres servant de portail. Miriane et ses compagnons s'y enfoncèrent et nettoyèrent les premières vagues, mais au fond, une faille béante menait directement dans la dimension des ombres. Les rumeurs de cors lointains et les hurlements de meutes démoniaques les forcèrent à battre en retraite.
Le signal fut envoyé à Aretuza. Une dizaine de grands sorciers débarquèrent, accompagnés d'une centaine d'apprentis. Dans un rituel d'une cruauté académique froide, les archimages sacrifièrent leurs cent apprentis pour canaliser assez de mana pour annihiler la structure. À la place de la grande place du temple de Lyrie ne resta qu'un trou béant de cent mètres de diamètre.
Pire encore : Gilliard avait ramené, accrochée à son manteau, une ombre parasite. Chaque nuit, le mage possédé sortait en somnambule pour vampiriser des familles entières de Lyrie afin d'incarner sa forme. Korvar découvrit le manège et, avant que le mage ne soit totalement perdu, le groupe traqua et détruisit le parasite.
Pour combler le gouffre au centre de la ville, Miriane proposa aux nains de s'y installer et d'y bâtir une forteresse. Cela provoqua la fureur du Vengerberg, farouchement raciste envers les Races Anciennes.
Au bout de deux ans, les troupes du Vengerberg reçurent l'ordre secret de quitter la Lyrie... pour aller exterminer les nains dans les collines.
Ne pouvant affronter 2 000 soldats aguerris, Miriane activa son joker : le faux roi Badric (le Doppelganger) menaça publiquement le Vengerberg d'une invasion immédiate s'ils ne rappelaient pas leurs troupes. Pris de court par ce chantage imprévu, le Vengerberg annula l'attaque et jeta son général en pâture. Miriane exigea de le juger elle-même. Impressionnés par sa carrure, cinq cents soldats de ce général se mutinèrent et rejoignirent sa bannière.
Pour calmer les tensions raciales en Lyrie, Korvar utilisa la propagande : des bardes sillonnèrent les tavernes pour chanter des mythes anciens expliquant que le retour des nains apporterait une ère de richesse légendaire. Pendant ce temps, les nains réparaient gratuitement les taudis des citoyens pour acheter leur sympathie.

Acte VII : Le Piège de Carréas

Gilliard reçut un soir des mains du bibliothécaire royal un grimoire ancien : Les Commandements des Ombres. Le bibliothécaire pensait l'avoir trouvé par hasard. En réalité, c'était le sorcier elfe — désormais agent de l'Empereur, lui-même devenu l'avatar des ombres — qui l'avait déposé.
Le livre permettait d'accroître considérablement la puissance magique, mais au prix d'une corruption lente. Chaque page tournée soumettait un peu plus l'esprit de Gilliard aux Huit Seigneurs de l'Annihilation.
Bientôt, une onde de choc psychique traversa le monde : chaque être humain fit le même cauchemar sanglant. Un Seigneur de l'Annihilation venait de poser le pied sur ce plan.
Le roi Foltest de Témérie convoqua immédiatement un Grand Conseil à Carréas pour unir le Nord, régler le conflit entre Lyrie et Vengerberg, et accessoirement mettre la trop puissante Dame Miriane au pas.
Korvar, flairant la nasse, inspecta son réseau d'espions. Il découvrit de graves anomalies financières et des maîtres voleurs s'engraissant sans donner de nouvelles de la région de Cintra. Il fit empaler publiquement trois indélicats sur la place du marché pour rétablir la discipline, puis envoya ses dix meilleurs éclaireurs à Cintra.
Deux seulement revinrent. Leur rapport figea le sang du conseil : l'Empereur du Nilfgaard était en personne à Cintra, entouré d'une armée titanesque et escorté par le maître de la Chasse Obscure. Le Grand Conseil n'était qu'un traquenard prévu pour faucher d'un coup tous les dirigeants du Nord.
Miriane décida d'y aller quand même, mais pas les mains vides. Elle fit avancer ses troupes en secret et prévint ses alliés. Le roi de Vengerberg et le duc Aeric d'Elander arrivèrent avec leurs armées, tandis que le faux roi Badric mettait les garnisons de Carréas sur le pied de guerre.
À leur arrivée dans leurs appartements à Carréas, Xid fronça le nez. Un léger parfum d'amandes amères s'échappait des bougies de la chambre de Miriane : une neurotoxine foudroyante.
« Un coup des mages », cracha Xid en éteignant les mèches.
Le traître était le mage d'Aretuza rattaché au duc Jurkast de Marenborg. Miriane et le roi de Vengerberg simulèrent une crise d'agonie pour forcer le traître à se dévoiler.
Pendant ce temps, dans la salle où s'étaient réunis tous les mages d'Aretuza venus au conseil, un portail d'ombre s'ouvrit subitement. Un coffre piégé y fut projeté, explosant en une nuée de billes de deutérium qui anéantirent toute forme de magie ambiante. Une pluie de carreaux d'arbalète empoisonnés s'ensuivit, décimant les plus grands sorciers du Nord.
Gilliard ne survécut qu'en se jetant sous les jupes lourdes de Yennefer de Vengerberg, dont les protections personnelles dévièrent les traits mortels.
La balise permettant l'ouverture du portail n'était autre que le pendentif « protecteur » donné à Gilliard par le sorcier elfe.
Miriane et le roi de Vengerberg débouclèrent la porte du Grand Conseil et démasquèrent Jurkast sur-le-champ. Devant un roi Foltest médusé, Miriane prit la parole avec une férocité irrésistible, rallia tous les seigneurs nordiques et les convainquit de marcher immédiatement sur l'armée du Nilfgaard.

Acte VIII : Le Sang de l'Empereur

Face à la supériorité numérique du Nilfgaard et à ses alliés démoniaques, une bataille rangée classique était vouée à l'échec. L'art de la guerre exigeait de la fourberie.
Le Doppelganger de Carréas prit l'apparence du duc traître Jurkast et contacta l'état-major du Nilfgaard. Il leur annonça la mort de Miriane, du roi de Vengerberg, et la capitulation de Foltest. Les portes des cités fortifiées de Mayena et Marenborg leur seraient grande ouvertes. Dans le même temps, les héros apprirent au fils de Jurkast que son père avait été assassiné par l'Empereur, poussant la garnison de Marenborg à se barricader frénétiquement dans Mayena.
Pendant que la flotte de Gors Velen transportait en secret le gros des troupes témériennes sur les arrières de l'ennemi pour leur couper toute retraite, Miriane, ses compagnons et cinq archimages survivants d'Aretuza s'enfermèrent dans Mayena.
L'armée nilfgaardienne s'avança dans la plaine, persuadée de n'avoir à faire qu'à une garnison effrayée de trois cents hommes.
Soudain, le ciel au-dessus d'eux se déchira.
Un gigantesque portail magique s'ouvrit directement au-dessus des régiments impériaux. Des milliers de flèches enflammées et de pots de feu grégeois préparés par Xid pleuvoyèrent. Une bombe d'inhibition magique recyclée par l'alchimiste fut projetée au cœur du contingent démoniaque, blessant grièvement le Seigneur Démon et réduisant ses acolytes en bouillie.
C'est alors que l'armée de réserve témérienne surgit sur les arrières du Soleil Noir, tandis que les portes de Mayena s'ouvraient pour laisser sortir Miriane et sa cavalerie lourde.
La mêlée fut apocalyptique.
Positionné sur les remparts, Xid prit le commandement des archers et des arbalétriers. Sous ses ordres méthodiques, des volées de carreaux trempés d'huiles alchimiques destructrices s'abattirent sur les lignes ennemies, pilonnant et neutralisant méthodiquement les redoutables chevaliers du Nilfgaard. Puis, repérant le plastron d'or de l'Empereur au cœur du carnage, Xid arma sa propre arbalète. D'un tir d'une précision diabolique, sa fiole-carreau vint frapper l'Empereur en plein plastron, le désorientant et le brisant net.
Au centre du chaos, la meute fondit sur le souverain ébranlé. Gilliard le pilonna d'impacts télékinésiques tandis que Miriane engageait le fer. C'est Korvar qui porta le coup de grâce : se glissant dans l'ombre de l'Empereur chancelant, d'un revers de lame fulgurant et sans pitié, il lui trancha la tête.
Fidèle servant de sa reine, l'assassin s'effaça aussitôt. Ramassant la dépouille tronquée par les cheveux, Korvar la remit solennellement à Miriane.
Miriane brandit la tête sanglante haut au-dessus de la mêlée. Sa voix, démultipliée par un sort de stendor lancé par Aretuza, tonna sur le champ de bataille :
« VOTRE EMPEREUR EST MORT ! DEPOSEZ LES ARMES OU SOYEZ BALAYES ! »
Un silence de mort s'abattit sur la plaine. Les chevaliers du Nilfgaard, abasourdis par la défaite de celui qu'ils croyaient invincible, jetèrent leurs épées à terre et posèrent le genou devant Miriane, jurant fidélité à celle qui avait terrassé leur maître.
Soudain, un sifflement perça l'air. Une flèche d'assassin transperça le gorget de Miriane. Elle cracha du sang mais resta debout, stoïque. Korvar se jeta sur elle pour dévier la seconde flèche. Xid repéra l'archer sur une crête et l'abattit d'un carreau d'arbalète bien placé, tandis que Gilliard réduisait le second tireur en cendres d'une boule de feu vindicative.
Stabilisée d'urgence par les mages de soin, Miriane ne prit pas le temps de se reposer. L'audace devait être poussée jusqu'au bout.
Profitant du choc psycho-politique et de la débandade de l'empire, le groupe se fit téléporter directement dans la grande salle du trône de la capitale du Nilfgaard.
Miriane, pâle comme la mort, soutenue par ses compagnons mais le regard incandescent, traversa la nef de marbre. Elle jeta la tête tronquée de l'Empereur au pied du trône impérial.
Dans un rugissement qui figea les ducs, les sénateurs et la garde prétorienne, sa voix d'or et d'acier résonna sous les voûtes :
« À genoux devant votre Impératrice ! »
Personne ne bougea. Personne n'osa contester. Le Soleil Noir venait de se coucher sur le Sud, et le règne de Miriane ne faisait que commencer.